Histoire
Publié le 26/10/2026
Avant d'être l'une des capitales mondiales de la glisse, Dakhla a été le rêve d'un adolescent d'Agadir. Ce rêve porte un nom : Rachid Roussafi. Voici l'histoire de celui que la télévision a surnommé « le fils du vent », et qui accueille aujourd'hui ses hôtes à Heliophora.
Agadir : trouver le chemin de la mer
Rachid Roussafi est berbère, issu d'une famille originaire des montagnes qui dominent Agadir. Enfant, la vie le bouscule tôt, et c'est sur la plage d'Agadir qu'il trouve son refuge. « Dès que j'ai trouvé le chemin de la mer, je me suis déconnecté du quartier », raconte-t-il.
À douze ans, il passe des heures à observer les véliplanchistes du club de la ville. La planche à voile est alors un sport d'élite, inaccessible pour un enfant sans moyens. Alors il se rend utile : il aide les débutants à porter un matériel lourd et encombrant, jour après jour, jusqu'à se faire adopter. À treize ans, on lui confie enfin une planche. Il trouve immédiatement son équilibre.
« Quand j'ai commencé à fabriquer mes rêves, dira-t-il, ils étaient tellement forts qu'ils ont fini par me soulever. »
Petits boulots, vieilles planches réparées de ses mains, voyages en car vers Essaouira, Sidi Kaouki ou Imsouane : à quinze ans, il s'offre enfin sa propre planche, et ses figures font déjà se retourner la plage.
1985 : seul face à la lagune de Dakhla
Un jour, l'adolescent entend un marin décrire une baie lointaine, longue comme un fleuve, battue par un vent tenace : le Rio de Oro, la lagune de Dakhla. À l'époque, Dakhla est presque une île, à près de 2 000 km de Rabat, reliée au reste du pays par les seuls avions militaires.
Avec 300 dirhams d'économies et sa planche sous le bras, Rachid part. Il attend une journée entière à l'aéroport avant d'être embarqué dans un avion militaire, atterrit en pleine nuit et plante une tente minuscule au bord de l'eau. « Lorsque le vent soufflait, la tente bougeait, et je dormais, rassuré. Lorsqu'il faiblissait, je me réveillais, inquiet. »
Au lever du soleil, il découvre la lagune : l'eau turquoise, le sable blanc, et un vent qui ne s'arrête jamais. Pendant des jours, il navigue seul au milieu de la baie, avec les dauphins pour compagnie, et se nourrit de sa pêche. Il vient de découvrir le spot qui changera sa vie.
Des spots d'Europe aux vagues d'Hawaï
De retour à Agadir, Rachid progresse à une vitesse folle. Des photographes venus tester du matériel sur le spot de Moulay Bouzerktoun, près d'Essaouira, le repèrent. Les images arrivent chez un fabricant allemand, qui lui propose aussitôt un contrat. Il est invité à la célèbre compétition de Bercy, à Paris, où il se qualifie pour la finale.
Pour célébrer ce contrat, il relève un défi en hommage à Arnaud de Rosnay : relier en solitaire les îles Canaries à Tarfaya, l'ancien Cap Juby, soit 130 km et douze heures de navigation, sans assistance et avec une simple boussole. En chemin, trois orques tournent longuement autour de sa planche, avant de renoncer. Tarfaya finit par apparaître à l'horizon.
Viennent ensuite les tournées sur les plus beaux spots d'Europe, de Biarritz à Hossegor et Guéthary, puis Hawaï, le temple mondial de la discipline. Rachid y vit cinq ans et rivalise avec les meilleurs riders hawaïens sur leurs propres vagues. Il y invente son style et des figures qui portent son nom, dont le « Roussaflip ». Son meilleur résultat : en 1996, il se hisse en finale à Hawaï, face aux meilleurs riders du monde, et la termine à la 4e place sur six finalistes.
Sydney 2000 : les couleurs du Maroc
Appelé par la fédération pour représenter le Maroc en planche olympique, une discipline qui n'est pas la sienne, il relève le défi et décroche sa qualification à La Rochelle. Aux Jeux olympiques de Sydney en 2000, il devient le premier Africain et le premier Arabe à participer aux épreuves olympiques de voile.
En 1997, l'émission Thalassa de Georges Pernoud lui consacre un portrait qui touche des millions de téléspectateurs : « Le Fils du vent ».
Le retour à Dakhla
Entre deux compétitions, Rachid revient toujours en secret s'entraîner sur la lagune de Dakhla, son « territoire ». En 2001, il accepte enfin de la montrer : c'est le premier reportage télévisé consacré au windsurf à Dakhla.
Encouragé par des amis, il ouvre en 2002 le tout premier camp de glisse de la péninsule. Le succès est rapide, et Dakhla devient en quelques années l'une des destinations mondiales du windsurf puis du kitesurf. En 2009, il contribue à y faire venir une étape du championnat du monde de windsurf.
Heliophora : revenir à l'essentiel
En 2014, alors que les camps se multiplient sur un petit bout de la lagune, Rachid choisit de s'éloigner pour retrouver ce qu'il avait connu en 1985 : le calme, l'espace et un plan d'eau sans monde. Il fonde Heliophora, un écolodge de 28 chambres en terre et en pierre, alimenté à l'énergie solaire, face à une plage privée.
Windsurf, kitesurf, puis wingfoil, qu'il est le premier à pratiquer à Dakhla en 2019 : Rachid a vu naître chaque discipline sur la lagune. Il continue de naviguer avec ses hôtes et de partager l'esprit qui l'anime depuis l'enfance : la nature, les éléments, l'amitié.
Pour en savoir plus, lisez notre histoire ou sa page Wikipédia. Et pour naviguer à votre tour sur la lagune du fils du vent, découvrez nos séjours windsurf.
